Des plaisanciers pêcheurs de bar ne sont pas contents de la nouvelle obligation, à partir du 1er janvier, de remettre leurs prises à l'eau. Une pratique qu'on appelle le no-kill.
La polémique
L'Europe a fixé les quotas de pêche pour 2018. Une mesure, concernant la pêche récréative du bar, fait réagir certains plaisanciers. Elle s'applique au nord du 48e parallèle (qui passe au milieu de la pointe bretonne). La pêche de loisir, qui y était cette année limitée à un seul bar par personne et par jour, devra à partir du 1er janvier se pratiquer en no-kill.On a le plaisir de batailler avec le bar au bout de sa canne, mais on le remet aussitôt à l'eau.
« Un coup de couteau dans le dos ! »
Mais désormais, plus question de le ramener et de le cuisiner au fenouil, pour la tablée familiale. « Cette décision suscite l'indignation, notamment chez les chasseurs sous-marins,explique Pierre-Yves, un habitant de Pordic, dans les Côtes-d'Armor. Nous avons milité pour l'augmentation de la taille des captures, et pour l'interdiction du chalutage dans les frayères. Mais là, c'est un coup de couteau dans le dos ! »Il anime, sur Facebook, un groupe appelé « quota 0 », qui tente de fédérer les clubs, les magasins de matériel, etc.
Jean-Lou, un plaisancier de Trébeurden, trouve la mesure « ridicule ».Il argumente : « Au sud de Brest, on a le droit de pêcher trois bars par jour et par personne. Et en Manche, rien du tout. Mais c'est le même stock ! »Son plaisir était d'aller pêcher le bar en décembre et janvier, « quand il n'y a personne en mer. J'attendrai mars, pour aller pêcher le lieu. »
Damien Février est guide de pêche, entre Paimpol et Bréhat. La moitié de sa clientèle pratique déjà le no-kill.« Mais les familles qui venaient pour ramener du poisson ne sortiront plus en mer. C'est dommage. »
Alain Cadec, président de la commission pêche du parlement européen, a porté ce dossier.« J'aidemandé que la frontière du 48e parallèle soit supprimée, et qu'on ne considère qu'une seule zone de pêche. Au lieu de trois poissons au sud et zéro au nord, j'ai proposé un seul bar pour tout le monde. Cela n'a pas été retenu. »
Un projet pilote en 2019
Il a fait accepter un « projet-pilote » qui pourrait entrer en application dès 2019 : « un quota mensuel pour les plaisanciers, de l'ordre de 10 ou 15 bars par mois, avec obligation de les déclarer, sur une appli numérique ou sur un carnet papier. Cela permettra aussi de récupérer les informations des lieux de capture. »
Le no-killobligatoire pourrait donc bien ne durer qu'un an. « La plus grosse mesure de protection, c'est l'interdiction du chalut pélagique sur les frayères »,se réjouit Alain Cadec. Qui ajoute : « Il ne faut pas opposer la pêche récréative et les marins professionnels : nous avons tous les mêmes intérêts. »

La pêche de loisir, qui y était cette année limitée à un seul bar par personne et par jour, devra à partir du 1er janvier se pratiquer en no-kill. | Thierry Creux